A présent qu'elle n'était plus, il ne voulait se rappeler que sa tendresse, oubliant ses fautes et ses caprices passés.

Il eût donné tout ce qu'il possédait pour revoir cette jolie moue qu'elle mettait si souvent sur ses lèvres roses, promptes à la riposte et aussi à la bouderie; pour l'entendre se fâcher et même trépigner un peu.

N'était-elle pas exquise jusque dans ses petites colères? Certes, il y aurait eu quelques retouches à faire en cette jeune fille, afin qu'elle passât pour une beauté accomplie; mais combien elle était gentille et douce à regarder, même sur son lit de mort, avec sa bouche close et les lignes pures de son fin visage!

Un certain vacarme qui se produisit dans la maison, fit tressaillir
Robert.

— Mon Dieu! pensa-t-il, en fronçant le sourcil, ne peuvent-ils donc respecter le dernier sommeil de notre pauvre chérie? Qu'est-ce qu'ils peuvent avoir à s'agiter ainsi?

Il n'eut pas le temps de s'en enquérir; une main hésitante entr'ouvrait la porte, et un rire léger, discret, effleurait son oreille.

Ce rire ressemblait à celui d'Odette; ce n'était pourtant pas le rire d'un spectre… Mais, était-ce la morte qui le produisait?

Robert crut devenir fou, quand une petite voix, mal assurée, mais douce et fraîche, prononça près de lui:

— Je ne voudrais pas te faire peur, Robert, mais je viens te dire que… que je ne suis pas du tout morte. On s'est trompé: je dormais seulement.

Homme de sang-froid et d'intelligence prompte, Robert Samozane avait déjà compris.