La vieille femme réfléchit une minute, puis branla la tête et dit carrément:

— Comprend pas.

La jeune fille soupira:

— Mais moi, je m'entends, et cela suffit.

— Ben oui, répéta la servante, revenue à son idée, on vous aime pour votre petit coeur si généreux.

— Et si je ne donnais rien?

— On vous aimerait quand même pour vos autres qualités, ma mignonne; c'est qu'alors vous seriez pauvre et ne pourriez plus faire plaisir aux autres.

— Ah! fit encore Odette, qui eût voulu interroger davantage la vieille femme, mais qui n'osait.

Hélas! oui, comme le déclaraient, chacun dans son for intérieur, tous les Samozane, la jeune ressuscitée n'était plus du tout la charmante et rieuse fille du temps passé.

D'abord contente de revenir au monde bien portante, de revoir tous les siens, elle avait ensuite peu à peu, réfléchi, se remémorant les paroles entendues pendant sa léthargie et les commentant à sa façon, la pauvre fillette. Sa vive imagination aidant, elle en vint à se grossir les choses, à interpréter bizarrement les propos recueillis et à se forger mille chimères.