Quant à Guillaume, quoique prévenu, lui aussi, il pouffa de rire dans sa serviette à l'idée de sa cousine mise en pension à l'âge où, d'ordinaire, on en sort; puis il se leva cérémonieusement et, le front penché, la main sur le coeur, il dit d'un air pénétré en saluant Odette:
— Ma Révérende Mère, soyez heureuse!
Mlle d'Héristel enrageait; à l'heure du coucher, elle se soulagea dans le sein de sa vieille bonne qui, ne comprenant rien à cette soudaine explosion de colère, répétait:
— Faut-il qu'on vous en fasse, ici, pour que vous n'y puissiez plus tenir, mon pauvre bijou! Ah! soyez tranquille, il y aura au moins votre vieille bonne pour aller vous voir dans "cette prison" et pour vous apporter de douceurs.
Même si les autres ne pensent plus à vous, Nanie y pensera, elle, et vous amènera votre chat Boileau pour vous faire plaisir."
XI
"Pour abréger la scène des adieux fatigants et banaux… Dit-on banaux ou banals?… Au fait, je n'en sais rien… Donc, pour l'abréger, je suis partie de bonne heure avec Nanie et mon baluchon, au moment où tous sortaient de leur lit en se frottant les yeux.
J'ai peu parlé pendant les heures diurnes qui ont précédé mon départ pour l'exil, mais sous ce silence on pouvait deviner des choses profondes!…
Robert, lui, était levé avant les autres; je crois que le peu qu'il a de coeur s'est ému quand il a effleuré ma joue de sa moustache, car j'ai senti sa main qui tremblait en touchant la mienne.
Gui, qui dormait encore à moitié, m'a souhaité de m'amuser ferme en bûchant un peu au collège.