Et je suis partie, secouant la poussière de cette maison que j'ai aimée et qui m'est devenue insupportable (si je sais pourquoi!) depuis quelque temps.
Nous avons pris le train, pour ce court trajet, à cause de ma malle qui pèse lourd.
J'avais un sac de dragées dans lequel, en route, je puisais à outrance, ce qui arrondissait d'étonnement les yeux de mes compagnes de route.
J'ai un estomac fait pour les dragées et rebelle aux côtelettes et aux beefsteacks.
Mais, comme toute bonne chose a une fin, je vis à la fois le fond de mon sac et le terme de mon voyage.
Vite, une voiture où nous jetons ma malle et Nanie mal réveillée!
Et maintenant, le couvent: sonnerie éperdue à la porte qui met longtemps à s'ouvrir devant les profanes; non moins longue station au parloir où arrive la Révérende Mère, surprise de trouver devant elle une nouvelle recrue si piaffante.
Nanie, qui regardait la religieuse comme si la sainte femme devait me dévorer, se jeta sur moi en m'arrosant de ses larmes comme si j'allais être livrée aux bêtes féroces.
Puis, Mlle Odette d'Héristel n'étant plus une petite fille bonne à épeler ses lettres, on me conduisit incontinent dans ma "cellule" ou plutôt, dans le demi-alcôve qui abrite mon innocent repos; ensuite à la chapelle trop fraîche et trop jolie pour un mauvais sujet comme moi; enfin au jardin où s'ébattaient mes condisciples.
On est plus timide à seize ans qu'à huit. Mes contemporaines me regardèrent, les unes ouvertement, les autres en dessous, tout comme si j'étais une bête curieuse, échappée de l'arche.