Mais revenons à ma mort.
Toujours, j'entendais la voix de mes tantes, murmurer, gémissantes:
"Du fond de l'abîme, j'ai crié vers vous, Seigneur, Seigneur!…"
Je ne voyais toujours rien surgir devant moi; devant mon âme, devrais-je dire.
"Le bon Dieu finira bien par venir, pensai-je; mon stage va être terminé et, après un court jugement, j'irai certainement en purgatoire. A moins qu'on ne m'ait oubliée, ou que Saint Pierre ait tellement à faire!"
"Et lux perpetua luceat eis…"
"Je dois être affreuse sur mon lit de mort, me disais-je encore."
Cette idée ne laissait pas que de m'inquiéter beaucoup; que devaient penser tous ceux qui m'ont connue… gentille? Il n'y a pas à poser pour la modestie: je sais bien que je ne fais pas peur… Oui, que devaient-ils penser? Robert surtout, ce cher Robert dont les yeux profonds s'attachaient si souvent avec une indulgente affection, sur le minois rieur de cette folle d'Odette?
On m'avait habillée, je le savais, toute de blanc, comme une fiancée ou une première communiante; sans doute avec ma robe de crêpe de Chine que j'avais mise pour le bal blanc de Mme de Boutrilles et qui, au dire de mes cousins, m'allait si bien.
Bon! voilà que j'avais des pensées de vanité jusque par-delà la tombe!