Il y avait un va et vient autour de mon lit funèbre; des gens s'approchaient de moi, me baisant au front, s'apitoyant…

Puisque le bon Dieu tardait tant à me juger et que j'avais fait et refait mon examen de conscience, je pouvais bien m'amuser à écouter ce qu'on disait d'Odette d'Héristel, décédée tout fraîchement dans la seizième année de son âge.

Je me suis instruite très utilement. Mais, procédons par ordre.

L'oncle Valère, d'un ton triste:

"J'avais toujours dit que cette petite était en dehors du commun des mortels; outre la bosse de l'excentricité, elle avait celle…"

Je ne pus savoir la suite, tante Germaine interrompant le tuteur:

"Que Dieu lui pardonne ses fautes, à la chère enfant, car elle a beaucoup péché! Nous en a-t-elle fait des misères, la pauvre mignonne, avec ses idées saugrenues, depuis bientôt six ans qu'elle vit avec nous!"

"Oui, a riposté tante Bertrande, mais elle va bien nous manquer, et la maison nous paraîtra fort triste; elle l'égayait tellement!

Le jour où je sentirai mon rhumatisme, qui me le fera oublier en me racontant de drôles d'histoires?"

Avouez qu'ici le regret que j'inspirais était un tantinet égoïste.