Blanche étreignit mes mains froides et, sanglotant, ne put que répéter:
"Odette! pauvre Odette!"
Sa soeur Jeanne, que j'aime moins, se pencha sur moi et, dans un souffle moins désolé, prononça très bas:
"Cousinette, ta mort nous laisse riches; je pourrai épouser M. de
Grandflair… Merci."
Ces paroles me rendaient rêveuse.
Au fait, j'étais riche. Riche et mineure, je n'avais pas écrit de testament: mes biens revenaient donc tout naturellement à mes parents les plus proches, les Samozane.
Est-ce que cela n'allait pas atténuer de beaucoup leur regret de me perdre?
Bah! Je m'en voulus pour cette idée injurieuse, déplacée, et je dressai de nouveau l'oreille.
Un grand fracas retentit dans ma chambre… mortuaire, et je devinai
Gui, Guimauve, mon bon camarade, le complice accoutumé de mes fredaines.
"Que me dit-on? Odette! Morte! C'est impossible! Ce matin, quand je suis parti pour le collège, elle allait comme un charme.