"J'ai commis, il y a vingt-quatre heures, la plus vilaine action de ma vie, qui est déjà bien trop longue, puisque je suis si malheureuse.

Oui, je voudrais être morte, mais cette fois, morte pour de bon, et non bêtement à moitié ainsi qu'il y a un an bientôt.

Comment ai-je pu être si cruelle, si stupide en même temps, pour dire à
Robert ce que j'ai osé lui dire?

Le diable était en moi, qui parlait par ma bouche, certainement, car Odette d'Héristel insinuer à Robert Samozane qu'il aime l'argent jusqu'à la bassesse, c'est le fait d'une folle ou d'un démon.

Je crois que je suis les deux, en vérité!

Pauvre Robert! Il n'en revenait pas, lui, et me regardait avec des yeux à la fois si tristes et si ahuris, que j'en ai eu le coeur transpercé, que j'aurais voulu me couper la langue pour le punir.

J'ai bien essayé de réparer ma sottise, de me rattraper; mais… ah! bien oui!… Mes vilaines paroles n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd, et Robert a l'ouïe aussi sensible que l'âme.

Mon Dieu! et moi qui, depuis longtemps, lui avais fait en secret l'offrande pure et entière de mon coeur d'enfant, quelle contenance garder en face de cet ami si cher, que j'ai gravement blessé? Que faire, désormais?

Il ne peut jamais se départir de cette courtoisie raffinée qui lui est naturelle, qui lui donne tant de séduction et dont il use envers toutes les femmes, à commencer par sa mère, sa tante, ses soeurs, moi. Mais je sens bien que, sous cette politesse, se cache, à mon égard, un profond dédain, peut-être un complet détachement.

Je ne lui en veux pas; c'est son droit, tout autre penserait comme lui, à sa place; mais que cela m'est dur!