Et, maintenant, me voilà malheureuse pour le restant de mes jours, comme dit Euphranie.

Je l'ai mérité, je ne murmure pas. En somme, tout cela vient de la ridicule crise léthargique où j'ai laissé, je crois, le peu de bon sens que je possédais.

Adieu, mes belles années d'insouciance et de gaieté, années inoubliables dont je n'ai pas assez remercié Dieu!

Je sens en moi un petit coeur jaloux, exclusif, auquel il ne fait pas bon toucher et qui se rebiffe au moindre choc.

Mais, Robert l'a-t-il jamais heurté? Je dois confesser que non.

C'est moi qui, sottement, après mon accident, par des lambeaux de réflexions récoltées çà et là, me suis forgé des chimères; ensuite est venue cette ennuyeuse Antoinette Dapremont que le ciel confonde! J'ai été jalouse d'elle; je lui ai envié ses talents, sa sagesse; je trépignais de voir Robert prendre plaisir à ses causeries…

Et voilà le résultat; belle vengeance, en vérité, qui me retombe dessus et m'écrase douloureusement.

Ce qui m'est le plus pénible, c'est le sentiment d'avoir peiné un être bon, loyal, désintéressé, qui ne l'a jamais mérité.

Ah! comme on est cruellement punie parfois pour avoir parlé plus vite qu'on ne voulait!"

XIX