Le désespoir des parents fut dautant plus violent quils navaient, pour se soutenir, ni la résignation chrétienne, ni la pensée du revoir dans un monde meilleur.
Gilberte contemplait son amie, sans prier, ses mains serrées lune contre lautre. Très impressionnée, elle rentra chez elle toute frémissante, se débarrassa de ses vêtements de sortie et demeura le reste de la journée à songer mélancoliquement au coin de son feu.
Toujours passait et repassait dans son esprit ce corps tordu par la douleur, cette tête nimbée de cheveux dor, ces yeux fixes, grands ouverts, quoique sans vie.
Elle se voyait elle-même tombant un jour dans le grand silence de léternité comme cet être jeune et charmant quon appelait Odette, doux oiseau gazouillant qui semblait convié dans lexistence à une fête éternelle.
Elle se rappelait avoir vu entrer du monde auprès de la trépassée; nul ne sétait agenouillé, nul navait su dire un mot encourageant à la pauvre mère; et, au souvenir de leffroyable indifférence de ces gens qui se disaient des amis, son cur se sentait triste à mourir.
Elle aussi navait su murmurer aucune parole de consolation aux infortunés parents, elle navait rien trouvé dans son esprit ordinairement fécond.
Et maintenant elle avait le cur lourd comme du plomb, pauvre âme! La mort lui semblait horrible chose, à elle aussi, qui ne voyait au delà que le néant.
Elle eut envie de faire prier son oncle de dîner seul, mais elle crut de son devoir de ne point labandonner et de secouer sa mélancolie, et elle se rendit à la salle à manger quand le repas fut annoncé.
Mais à table elle était aussi pâle que la morte à laquelle elle songeait, et elle touchait à peine aux mets quon lui présentait.
Quas-tu, fillette? es-tu malade? lui demanda M. Simiès.