"Si jentrais là?" se dit-elle.
Un scrupule lui vint: elle qui ne mettait jamais le pied à léglise, il lui semblait malséant de venir sy asseoir ainsi que ces mendiants et ces vagabonds qui raillent les choses saintes, mais cherchent ce lieu de repos et de chaleur, lhiver, sous les voûtes sacrées.
Eh! mon Dieu! nétait-elle pas vagabonde, elle aussi, la pauvre Gilberte? Savait-elle seulement où, ce même soir, elle reposerait sa tête?
Faisant taire sa délicatesse ombrageuse, elle franchit le porche, et, sans prendre deau bénite, sans sagenouiller pour faire au moins un acte dadoration, elle sassit à lombre dune nef déserte, gardant là comme ailleurs sa tenue correcte, avec une nuance de respect instinctif.
Elle ne savait pas offrir sa peine à Dieu, la pauvre enfant, elle ne savait pas lui crier: "Inspirez-moi, car je souffre et je ne sais à quoi me résoudre." Seulement Celui qui lappelait secrètement du fond du tabernacle veillait sur cette âme dévoyée par une fausse éducation et qui renfermait cependant de hautes aspirations.
Il lui envoya une pensée soudaine.
Les Daltier! je ny songeais pas! pourquoi nirai-je point à eux? Je suis sûre quils ne me repousseront pas.
Cette inspiration lui était soufflée par son bon ange ou par sa mère, certainement. Qui sait? pour son salut sans doute; pour son malheur aussi peut-être.
Il était tard, nul office navait lieu et léglise demeurait plongée dans la solitude et lombre mélancoliques qui portent à la prière.
Mais Gilberte ne savait plus prier depuis quelle avait oublié lannée bénie de sa première communion et passé de nouveau sous la tutelle fatale du voltairien Simiès.