Elle rêva seulement; quand elle fut reposée et que sa résolution fut bien arrêtée, elle quitta léglise comme elle était entrée, se jeta dans une voiture qui passait à vide et se fit conduire rue de Lisbonne.

On hissa sa malle à côté du chauffeur et Gilberte jeta un dernier regard à cette demeure où elle avait vécu insouciante et heureuse et qui lui montrait encore sa fenêtre riant sous le store rose.

A la gare de Lyon, en attendant lheure du train, elle se fit servir un léger repas au buffet; puis, quand le moment du départ fut venu, elle sinstalla dans le coin dun compartiment de dames.

Elle avait encore lair dune enfant, cette jeune fille jolie et distinguée; un peu triste aussi, et voyageurs et employés regardaient avec quelque étonnement cette Parisienne de vingt ans qui partait sans une compagne, sans un ami, sans un parent pour lescorter et lui souhaiter bon voyage.

Malgré son aplomb habituel, Gilberte se sentait gênée; cétait la première fois quelle se mettait seule en route, et le trajet devait être assez long.

Alors, les pieds sur la bouillotte, la tête appuyée aux coussins gris du compartiment, elle ferma les yeux, feignant de dormir; en réalité, elle pensait et sa pensée nétait pas riante.

Elle narriva à Marseille que le lendemain matin.

VI

Après lalgarade très vive quil avait fait subir à sa nièce, Simiès, rouge encore de sa colère, se rendit au cercle où il joua, perdit et gagna, ce qui le mit en meilleure humeur. Il écouta la conversation que tenaient quelques habitués assez près de lui; on parlait de laustralien Mahoni et ce que lon disait nétait pas à son avantage.

Simiès dîna au cercle et ne rentra que le soir, un peu penaud des propos quil venait de recueillir sur celui quil désirait tant pour neveu.