Alors il avait couru à sa poursuite, lui avait presque adressé des excuses et ne lavait ramenée à la maison quà force de caresses.

"Je naurais pas dû lui parler dhéritage, pensait-il, la petite est si fière! Cette parole échappée à ma colère la cinglée comme un coup de fouet, elle ne me pardonnera pas cela. Et puis jai été un peu sot de vouloir la forcer à épouser Mahoni; après tout, ce nest pas un beau type… Gilberte vaut mieux que cela… Aurait-elle par hasard un faible pour quelque autre?… Non, parbleu! elle me laurait dit ou bien je laurais deviné. Aimera-t-elle seulement jamais? Ma pupille est une énigme, tantôt feu, tantôt neige. Je crois quelle a des aspirations indéfinies dont je nai pu la guérir; ça ne métonnerait pas si elle reniait tout ce que je lui ai enseigné. Ah! ce nest pas moi qui changerai!… Si jamais on me voit croire à quelque chose, cest que jaurais bu du haschich ou que je serai tombé dans lenfance!"

Simiès essaya doccuper sa soirée comme il put, il alla au théâtre; on jouait une pièce quil connaissait de longue date et quil trouva insipide.

Il prit sa lorgnette et examina les groupes occupant les loges et les fauteuils; il se retira dégoûté de son examen.

Quy avait-il là, en effet, à part quelques personnes de distinction: des couples interlopes, des créatures stupides à la tournure de bouchères endimanchées, étalant leurs diamants et leurs costumes éclatants; des banqueroutiers, des voleurs, des Juifs, des imbéciles; des petits jeunes gens fats, vulgaires et avachis, incapables de prononcer une phrase en français, occupés à lorgner impertinemment toute la salle.

Qua donc le vieux Simiès? se demandait-on au foyer; il a lair tout chose, on dirait quen une journée il a pris vingt ans de plus.

Simiès, en rentrant, trouva un télégramme lui annonçant que sa nièce était saine et sauve à Marseille. Un juron lui échappa; en sétendant dans son lit, ce soir-là, il constata quil avait trouvé le temps long.

"Bah! se dit-il, laissons les ingrats de côté et jouissons encore; au fond, il fait meilleur être sur la terre que dessous."

Mais ce vieillard devait avoir le châtiment de sa vie inutile : après avoir goûté à toutes les ivresses, lennui allait le surprendre; il avait gâché sa jeunesse, il devait mourir seul, sans un parent, sans un mai sincère pour lui rendre la mort douce.

VII