Vous avez connu ma mère?

Elle poursuivit avec une point damertume:

Si elle vivait encore, je ne viendrais pas vous importuner de ma présence, au moins.

Ne parlez pas dêtre importune, ma chère enfant, nous aurons grand plaisir à vous posséder tout le temps que vous voudrez. Préférez-vous causer avec moi ou vous reposer? Vous avez fait un long voyage, vous êtes pâle et fatiguée…

Je nai pas besoin de me reposer, dit vivement Gilberte; je me suis arrêtée quelques heures au Terminus pour ne point me présenter avec la poussière du chemin. Jaime mieux vous raconter tout de suite ce qui a motivé mon bannissement immédiat de la maison de mon oncle.

Gilberte avait loreille délicate; elle démêlait dans laccent et même dans laffabilité de Mme Daltier comme un effort, une contrainte; elle tenait à la rassurer.

Lexcellente femme nignorait pas la bizarre éducation que lathée Simiès avait donnée à sa nièce; il était donc tout simple quelle salarmât secrètement et hésitât à admettre dans lintimité de ses enfants une jeune fille élevée si différemment deux-mêmes.

Mes chéries, dit-elle aux musiciennes, allez vous occuper de votre cousine: quon prépare la chambre bleue; veillez à ce que rien ny manque; emmenez les petites avec vous et vos frères aussi; ils peuvent vous aider.

Douée dun tact parfait, Mme Daltier jugeait inutile que toutes ces jeunes oreilles prissent part aux confidences de la voyageuse. Les enfants obéirent, saluant dun sourire au passage leur nouvelle parente.

Albéric se levait de son côté pour laisser sa mère et
Gilberte en tête à tête, mais cette dernière le retint: