Aucunement, ma tante.
Puis elle rougit, hésita un peu et reprit:
Mon oncle, qui… qui est légèrement… enfin qui a des idées très arrêtées et très bizarres quelquefois, se figure que largent peut seul faire le bonheur en ce monde et quune jeune fille arrive à la félicité la plus parfaite en contractant une union qui lui apporte une grosse fortune, beaucoup de diamants et une corbeille magnifique.
Et vous ne pensez pas comme lui?
Oh! non, la tante, fit Gilberte en levant ses grands yeux francs sur Mme Daltier. Aussi ai-je résisté à mon oncle, doucement, poliment, mais avec fermeté. Je lai supplié, jai tenté de ladoucir: il ma répondu par une insulte.
Les yeux dAlbéric et de sa mère linterrogeaient:
Il ma dit, sécria Gilberte indignée, il ma dit que je navais au cur que de lingratitude et que je ne désirais rester chez lui que pour…
Pour?…
Pour soigner mon héritage. Or, reprit-elle avec feu, je nen veux point de son argent, je nai jamais songé quil pourrait me léguer sa fortune, et, à présent, jaimerais mieux mendier mon pain que de lui demander la moindre chose. Alors je suis partie de chez lui le jour même quil men a chassée. Je ne savais où aller. Jai beaucoup damies, mais, sans que je puisse définir pourquoi, il me répugnait de me réfugier chez elles. Certainement elles sont fort gentilles, cependant nous ne saurions sympathiser ensemble de près comme de loin. Cest alors que je me suis souvenue des bonnes paroles de mon cousin et vous voyez que jen ai profité puisque je suis venue tout droit à vous.
Et vous ne pouviez mieux faire, ma chère enfant, dit Mme Daltier en attirant Gilberte contre elle. Marie et Edmée seront charmées de vous avoir pour compagne; elles vous aiment déjà, jen suis sûre, et moi jaurai une fille de plus.