Ces mots fondirent lâme encore un peu fermée de Gilberte. Jusqu'à présent elle navait pu pleurer; cette fois elle appuya sa tête sur lépaule de sa tante et pleura amèrement.

Toute son énergie était soudain tombée et elle était prise dun tremblement nerveux quelle ne pouvait réprimer.

Mme Daltier pria son fils daller chercher un verre deau pour Gilberte; celle-ci profita de labsence du jeune homme pour murmurer à loreille de sa tante:

Vous êtes bonne, oh! vous êtes bonne et je vous aimerai tant! Mais je ne vous imposerai pas longtemps ma présence, allez! A présent que je suis pauvre, je veux travailler, je ne souffrirai de me voir à la charge de personne. Je travaillerai.

Et à quoi, grand Dieu! pauvre enfant?

Ne craignez pas, laissez-moi faire. Quand jaurai recouvré ma tranquillité desprit, dans quelques jours, jaurai mûri mon plan et je chercherai de loccupation. On peut faire beaucoup de choses à mon âge et, par bonheur, mon instruction est bien complète.

"Non, pas complète, pensa Mme Daltier, soignée peut-être, complète non. Il y a un point capital qui a été négligé."

Sais-tu ce que me dit ta cousine? ajouta-t-elle en voyant rentrer Albéric. Eh bien! elle parle déjà de partir, à peine arrivée. Elle ne veut pas nous rester longtemps, elle veut gagner sa vie au dehors.

Elle sattendait à une protestation de la part de son fils, mais il ne répondit pas.

Mme Daltier rappela les enfants; Marie et Edmée accaparèrent leur cousine et lentourèrent de soins et dattentions.