Elles la conduisirent à la chambre qui lui avait été préparée, simple, mais confortable.
Cest trop bon pour moi, dit Gilberte à Mme Daltier qui les avait suivies. Le coin le plus modeste de votre maison meût suffi.
Nous ne laurions pas souffert, mignonne; dailleurs vous ne trouverez pas ici le luxe auquel vous étiez habituée à Paris.
Eh! que mimporte? Croyez-vous que jy tienne tant que cela? Je serai si bien ici!
Gilberte demeura seule quelques instants pour échanger son costume de voyage contre un autre plus frais, puis ses cousines vinrent laider à vider sa malle et à ranger ses effets, tout en la distrayant par leur gai babil.
Pendant ce temps, Mme Daltier racontait à son mari, qui rentrait avec son gendre et sa fille aînée, comment Mlle Mauduit allait désormais partager leur vie de famille.
M. Daltier approuvait toujours les décisions de sa femme; ce soir-là, il eut un léger froncement de sourcils.
Croyez-vous, dit-il, que cette jeune fille, élevée si différemment de nos enfants, ne puisse être pour eux un exemple pernicieux, un sujet… détonnement, sinon de scandale? car, enfin, elle doit professer les théories de son oncle, et…
Mon ami, voyez-la et vous jugerez. Gilberte ma paru simple et bonne, douée de trop de tact et dintelligence pour exposer sa profession de foi devant nos enfants. Si cela arrivait cependant, contre mes prévisions, il serait toujours temps de lui faire entendre que nous ne pouvons le subir.
Lorsque Mlle Mauduit vint tendre la main à son oncle, celui- ci fut conquis tout de suite par sa grâce dénuée dartifice et son air triste, et il dissimula ladmiration que lui inspirait ce beau visage.