Elle nosait pas non plus, le soir, à lheure de la prière faite en commun, séclipser sans bruit comme une païenne quelle était. Elle sagenouillait aussi, et, si elle ne priait pas, du moins elle nétonnait personne.

Puis, un jour, il lui tomba sous la main le premier volume de ce bel ouvrage de Bougaud: "Le Christianisme et les temps présents". Un sourire incrédule aux lèvres, elle louvrit machinalement au chapitre: "De la vraie nature de Dieu" et elle lut. Et ces vérités si nettement expliquées, et cette logique impossible à nier, et ce style noble et élevé, tout cela lentraîna si loin quelle passa plusieurs heures à dévorer ces pages, et quand Mme Daltier, inquiète de son absence prolongée, vint la trouver:

Cest beau, lui dit Gilberte sans relever la tête, cest beau.

Nosant interrompre cette lecture quelle attribuait à une grâce soudaine den haut, Mme Daltier sassit à côté delle sans parler.

Quand Gilberte ferma le livre avec un soupir, elle dit à sa tante:

Prêtez-le-moi, je vous en prie, je serai heureuse de le
terminer.

Bien volontiers, ma chère enfant, mais ceci est une lecture
nouvelle pour vous et peut-être peu intéressante.

Au contraire, ma tante.

Et, songeuse, elle ajouta:

Pourquoi ne ma-t-on jamais mis de ces choses-là entre les mains? Je ne serais pas ce que je suis. On ma fait lire du Renan, du Voltaire, du Darwin, du dAlembert, du Henri Heine, mais jamais de controverse. Laissez-moi achever ce livre-là, car je sens que la vérité est ici.