Elle nommait à son cousin ceux qui lui avaient fait la cour jadis chez son oncle, ou qui lui avaient juré une tendresse immuable.

Je ny ai pas cru, disait-elle, tandis quun sourire découvrait ses dents de nacre, et je les tenais à distance.

Vraiment, vous najoutiez pas foi à leurs sentiments?

Oh! non, car je me fais une autre idée de lamour, du véritable amour, et je sens que ce nest pas cela.

En disant ces mots, elle le regardait bien en face. Non certes, elle navait rien dans le cur qui pût linquiéter, la chère mignonne, et, pour le moment, elle ne songeait quà devenir bonne et pieuse comme Marie et Edmée.

Hélas! et cependant, sans sen apercevoir, elle y buvait à cette source fatale, la pauvre enfant; elle sattachait au jeune ingénieur chaque jour davantage, et dautant plus profondément que ce sentiment nétait pas éclos dun seul jet, comme un coup de foudre; il avait pris de profondes racines en elle; elle aimait celui qui lavait régénérée et qui la regardait au fond de lâme en lui expliquant ce que doit être la tendresse humaine qui fait passer Dieu avant tout.

Un jour vint où elle vit clair en elle-même. Ce jour-là déjà sa position avait changé: son oncle Simiès était mort, frappé subitement dapoplexie. Il navait pas eu le temps de la déshériter et, par son testament, léguait tous ses biens à Mlle Mauduit.

Gilberte souffrit de cette perte; après tout, Simiès lavait aimée et soignée pendant une partie de son enfance et de son adolescence, et elle avait espéré le ramener quelque jour à des sentiments plus chrétiens.

Dieu nen avait pas décidé ainsi; il avait puni brusquement lathée qui avait cru pouvoir se passer de lui toute sa vie et qui avait failli perdre lâme dune enfant en y jetant de funestes semences.

Lorsque Gilberte entra en possession de sa nouvelle fortune,
M. Daltier lui dit avec un sourire: