A présent, mignonne, vous pourrez vous marier magnifiquement à qui vous conviendra, car vous voilà devenue ce quon appelle de nos jours: un beau parti.
A cette plaisanterie, Gilberte fronça le sourcil et répondit, évitant les yeux dAlbéric qui cherchaient les siens:
Je ne veux pas me marier encore.
Le même soir, assise au piano, elle chantait, dune voix lente, cette naïve, mais expressive romance tirée de lopérette dOffenbach: "Robinson Crusoé":
Sil fallait quaujourdhui
Quelquun mourût pour lui,
A cet instant suprême
Je vous embrasserais
Et puis aussi jirais
Jirais moffrir moi-même,
Si cest aimer, je laime.
Je sens que sil partait
Mon cur éprouverait
Une douleur extrême;
Et je sens quavec lui
Senvolerait aussi
La moitié de moi-même.
Si cest aimer, je laime.
Quand elle abandonna le piano, elle rougit en voyant fixés sur elle les yeux étincelants de son cousin.
IX
Elle avait dit cela, Edmée, en lair, sans y attacher dimportance!
Elle avait confié à Gilberte que son frère Albéric pouvait bien un de ces jours obtenir la main de Midia, cette jolie Egyptienne rencontrée à Nice et qui lui faisait les yeux doux. Et, certes, Albéric avait toutes les chances pour être accepté; il était beau, riche et si aimé! Dans son enthousiasme fraternel, Edmée ne pouvait douter que ce frère chéri et admiré ne fût le point de mire de toutes les jeunes filles et de toutes les mamans en quête dun gendre.