Pauvre Gilberte! Elle navait pas songé à cela! Certainement Albéric avait trouvé gentille cette petite étrangère aux yeux de charbon, et il désirait en faire sa femme. Mais elle avait donc un bandeau sur la vue? Que croyait-elle donc?

Mon Dieu, tout croulait autour delle! Mais alors, et elle? elle, Gilberte?… A présent quelle était riche, quelle nétait plus une fille sans dot; à présent que tout son cur était plein dAlbéric, lhomme chevaleresque aux aspirations grandes et nobles, elle découvrait soudain quelle nétait rien pour lui.

Mais quel rêve avait-elle donc forgé dans sa petite cervelle enflammée?

Elle avait espéré, en échange de sa tendresse douce et délicate, lui donner la sienne immense, éternelle.

Cet Albéric quelle avait cru attirer lentement à elle, qui lavait transformée en la rendant bonne et croyante, il séloignait soudain, lui retirait sa main et portait à une autre, une étrangère, son affection et les dons exquis que lui avait départis le ciel.

Et elle allait rester toute seule dans la vie, pauvre avec sa richesse, dépossédée non seulement de son divin songe, mais de ses chères croyances.

Car cétait au moment où son âme souvrait à Dieu, à la confiance, à lamour, cest à ce moment que Dieu la frappait rudement, si rudement quelle ne pouvait supporter ce coup.

Ainsi elle sétait trompée, follement trompée? Ce quelle avait cru lire dans les yeux bleus dAlbéric, ce nétait pas de la tendresse.

Ce quil y avait au fond des attentions quil lui prodiguait, ce nétait quune politesse naturelle; ce quelle avait cru démêler dans sa belle voix aux inflexions si douces, ce nétait pas une caresse…

Quétait-ce alors?