Ma cousine, ce que vous faites est bien, dit Albéric en
tenant la main à Gilberte.

Elle y posa une seconde le bout de ses doigts glacés et répondit avec une certaine hauteur:

Quattendiez-vous donc de moi pour me féliciter dune action toute simple? Pensiez-vous donc que je détiendrais lhéritage de mon oncle même après ce que vous mavez appris?

Non, ma chère enfant, dit Mme Daltier en lembrassant, nous navons jamais eu cette idée; seulement vous allez au delà de votre devoir et nous admirons le détachement avec lequel vous vous sacrifiez.

"Quant à vous laisser gagner votre vie, comme vous dites, nous ne le permettrons pas. Vous continuerez à vivre avec nous, redevenez seulement la Gilberte dil y a un mois et nous vous chérirons plus encore que par le passé. Cest convenu, vous ne nous quittez pas?"

Un peu émue, Gilberte détourna la tête et répondit cependant avec fermeté:

Je vous remercie, ma tante, mais je dois travailler et je
travaillerai

Comme elle levait les yeux sur Albéric, il crut quelle désirait son avis; après une minute de réflexion, il dit:

Ma cousine a raison, ma mère, et loccupation forcée lui
sera très salutaire.

"Cest sûr, pensa amèrement Mlle Mauduit, il est pressé de me voir hors de chez lui. Je ne lui étais quindifférente, à présent je lui inspire de laversion; ce nest pas étonnant; je me suis montrée à lui sous mon plus mauvais jour. Peut- être aussi que je le gêne… Sil avait deviné mon secret?…"