"Dailleurs elle est facile, ma tâche; les enfants me sont attachés et se montrent dociles. Je ne croyais pas aimer autant ces petits êtres dont je reçois les caresses avec plaisir. Leur père me témoigne toujours la même bonté affectueuse et en même temps respectueuse; et parmi les étrangers qui sont reçus ici, je rencontre tous les égards auxquels jai été habituée.

"On samuse à Nice, beaucoup même, mais vous savez que jai pris le monde en grippe. Je laisse ma vie couler machinalement puisquil faut vivre, mais il me semble que jai quarante ans au moins, tant jai vécu en quelques mois.

"Vous me suppliez, chère tante, de revenir à mes croyances chrétiennes, comme il y a un an: certes, je crois, je crois tout ce que vous croyez vous-même, je ne nie plus que la miséricorde de Dieu, mais cela suffit pour que je ne prie plus.

"Dieu ma frappée trop fort, je nétais pas encore assez ancrée dans son amour pour recevoir ses coups en le remerciant et je me suis rebellée.

"Nul nest scandalisé de mon indifférence religieuse, car ils font partie de lEglise schismatique ainsi que la plupart des familles que nous voyons.

"Oh! que vous êtes heureux, vous tous, de croire à tout ce que je répudie, moi! à un Dieu bon et consolateur, à lamour, à lamitié, au désintéressement.

"Jai pris pour devise cette philosophique parole: " Il faut rire de tout, de peur dêtre obligé den pleurer ". Eh bien! je nai pas même le courage de rire.

"Tenez, il me vient souvent lidée de mourir jeune; cest bon de sen aller de ce monde avant davoir vieilli et davoir pu jeter plus damère raillerie sur toutes choses. Mon oncle Simiès disait: " Il faut arracher tout ce quon peut de joie à la vie ". Je nai pas même su faire cela, aussi…

"Mais je maperçois que je ne vous parle que de lugubres choses; ce nest pas divertissant pour vous, pauvre tante.

"Je soupire après les vacances, non pour me reposer, mais pour vous revoir. Je rêve souvent à la petite ville de Saint- Loup où je vous sais tous réunis, et je souffre.