Pendant ce temps Simiès se félicitait in petto, se disant:
"Décidément je suis fait pour élever et mâter les petites filles indisciplinées; mon système est parfait."
Le repas terminé à la grande satisfaction de Gilberte, il lenvoya shabiller pour sa promenade quotidienne; mais au bout dun quart dheure Mme Dutel vint prévenir son maître que lenfant, tout à fait malade, ne pouvait sortir; il fallut la coucher et la nourrir de thé pendant quarante-huit heures. Comme elle eut un peu de fièvre et que Simiès, effrayé des conséquences de sa dureté, fit venir le médecin, celui-ci déclara que ce nétait quun accident, mais que la petite fille était dune constitution délicate qui exigeait de grands ménagements.
Elle va entrer en pension la semaine prochaine, dit le terrible oncle qui aspirait à cet instant de toutes les puissances de son âme.
En pension? Eh bien! dans lintérêt de votre nièce, je vous conseille de la garder un peu plus longtemps auprès de vous; vos soins lui sont nécessaires.
Mais, docteur! sécria linfortuné tuteur, elle sera bien mieux soignée chez les dames H… que chez moi qui nai pas lhabitude des petites filles.
Je ne suis pas de votre avis. Que vous importe de la conserver quelques jours ici? Il serait bien plus ennuyeux pour vous si les dames H… vous la renvoyaient tout à fait malade, une semaine après son entrée chez elles.
Cest vrai, murmura légoïste, épouvanté de cette
perspective.
Et il se décida à confier Gilberte aux soins de Mme Dutel encore une quinzaine.
Une après-midi, la fillette, guérie, quoique toujours un peu pâle, jouait avec une vieille poupée que, toute fanée quelle était, elle préférait aux splendides dames que son oncle, dans une heure de générosité, lui avait données; elle était seule et, assise sur sa petite chaise basse, elle berçait en silence sa chère Nora.