Dans la chambre voisine deux voix se faisaient entendre, alternant dans une conversation animée; cétait celle de Mme Dutel et celle de Lazare qui balayait lappartement.

Oui, Madame Dutel, disait ce dernier sans sarrêter de cirer ou de frotter, je garderai la petite en votre absence, puisque vous avez un rendez-vous à Montmartre.

Le temps daller et de revenir avant que Monsieur ne
rentre, mon bon Lazare.

Il nen saura rien, Monsieur; ce nest pas moi qui vous
vendrai, allez, ni la petite.

Pour ça non; la petite nest pas bavarde.

Cest ma foi vrai; il y a des moments où jai pitié de cette enfant, quand je la vois si seule, abandonnée à elle- même.

Sans compter quelle ne sera pas beaucoup plus heureuse dans cette pension où Monsieur veut lenfermer. Ah! si elle savait seulement le prendre, la fine mouche, elle en ferait tout ce quelle voudrait, de ce vieux mécréant.

Vous croyez, Madame Dutel?

Si je le crois, bonté du ciel! mais Monsieur disait lui- même hier: "Elle mennuie, cette mioche, avec ses grands yeux tristes et son air grave; et puis elle est trop soumise et trop craintive; si elle me ripostait quelque bonne impertinence, si elle faisait un peu le diable à quatre dans ma maison, je crois que je laimerais."

Ben oui, Madame Dutel, mais voyez-vous, ça nest pas dans le tempérament de lenfant; cest doux, cest sage, cest résigné, mais ça ne sait pas se rebeller, et puis ça na pas de ruse, cest franc comme lor; ça nira jamais à Monsieur.