Que voulez-vous dire? fit la jeune fille avec une jolie moue aux lèvres, la religion nest pas le seul remède à ce mal.
Si, elle est lunique remède à une vie dévoyée, dit-il simplement; il ny a pas de femme qui, sans Dieu, puisse demeurer honnête, bonne et… heureuse dans ce monde où vous vivez.
Elle sentit son cur se serrer à ces paroles et baissa la tête sans répondre tandis quil la considérait avec une indicible compassion.
Il comprenait ce quelle ne savait exprimer et ce quun être vulgaire neût compris ni deviné; il comprenait que ses meilleures aspirations avaient été refoulées, comprimées dans le milieu fatal où elle avait dû sélever et dont elle ne pouvait se plaindre.
La vie nest jamais trop pesante ni trop longue, Gilberte, quand on loccupe en faisant du bien aux autres.
Sans doute, mais je ne le puis faire que par caprices, par saccades; je ne mappartiens pour ainsi dire pas. Cest pourquoi jai si souvent le dégoût de moi-même et des autres.
"Tenez, mon cousin, jaimerais à lutter, je voudrais connaître un peu la bataille, sinon la souffrance."
La souffrance? eh! pauvre enfant! quelles armes auriez-
vous contre elle? quelle force?
Elle releva fièrement la tête:
Plus que vous ne croyez. Oh! je sais ce que vous pensez. Vous vous figurez que je serais faible pour vaincre parce que je nai pas de religion. Je ne suis ni dévote, ni croyante, cest vrai, mais je puis vous affirmer que jaurais autant de courage quune autre.