Vos amies vous offrent-elles autant de ressource?

Gilberte fit une mine dédaigneuse.

Mes amies? Dabord ce nom ne convient pas aux petites poupées fades qui mentourent. "Qui a trouvé un ami a trouvé un trésor", dit quelque sainte écriture. Vous voyez quon se souvient un peu des grandes maximes, si lon a oublié son catéchisme. Eh bien! je nai jamais pu mettre la main sur le trésor en question. Je ne connais quune troupe de petites écervelées qui ne rêvent que chiffons, bals, se jalousent entre elles et me jalousent bien certainement, et qui ne songent, comme elles lont vu faire à leurs mères, quà séclipser mutuellement. Elles me font toutes leurs confidences, mais ne reçoivent pas les miennes.

Elle ajouta avec une nuance de mélancolie:

Javais une amie, une vraie alors, elle était bonne, simple et généreuse, elle avait des sentiments élevés, elle métait bien supérieure; celle-là, elle est perdue pour moi et lon nen fait plus comme elle.

Vous me paraissez bien prématurément misanthrope.

Que voulez-vous? Je rencontre trop de vilains types, pas assez de beaux. Ne me prenez pas pour une dédaigneuse: je ne me prise pas beaucoup plus haut que tous ceux dont je vous parle. Ensuite, je suis philosophe et je me dis quil faut prendre les humains tels quils sont puisquil faut vivre avec eux.

Eh bien! moi, je ne les vois pas tout à fait au même point de vue que vous et je suis plus indulgent quil ne semble.

Vous ne coudoyez pas ceux que je coudoie, ou bien vous grandissez votre prochain à votre taille. Daprès la peinture que vous men avez faite, je vois que votre intérieur, votre entourage est lélite des intérieurs de famille.

Je connais beaucoup de gens dans le même cas que moi.