Barois est seul, dans le cabinet de Luce.

Une pièce sans draperies; un bureau encombré de revues étrangères, de volumes neufs, de lettres. Aux murs, des reproductions, des plans, des cartes; deux panneaux couverts de livres.

Chaque bruit du monde a son écho là.

Entrée de Luce.

Marc-Élie Luce: de petite taille. Une tête forte, mal proportionnée au corps.

Deux yeux clairs, étrangement enfoncés entre un front immense et une barbe en éventail: les yeux sont d'un gris fin, caressants et limpides; le front, dégarni, très large, bombé, surplombe le masque, accapare le crâne; la barbe est épaisse, d'un blond qui commence à blanchir.

Quarante-sept ans.

Fils d'un pasteur sans église. A commencé ses études de théologie, mais les a interrompues, faute de vocation, et parce qu'il ne pouvait accepter aucun credo confessionnel. En a seulement gardé le goût fervent des questions morales.

A publié, très jeune, cinq gros volumes: «Le passé et l'avenir de la croyance», œuvre considérable, qui lui a fait attribuer une chaire d'histoire religieuse au Collège de France.

S'est fait connaître à Auteuil par son dévouement à l'Université populaire qu'il y avait créée, et aux œuvres sociales de l'arrondissement. S'est laissé porté au Conseil Général, puis au Sénat, où il est parmi les plus jeunes: ne s'est affilié à aucun parti; revendiqué à tour de rôle, par tous ceux qui veulent assurer le triomphe de quelque noble pensée.