BAROIS.—C'est fou!

HARBAROUX.—Une plaisanterie, voyons!

PORTAL.—Je n'affirme rien. Je vous dis le peu que je sais; et d'ailleurs, jusqu'ici, personne ne semble en savoir plus long que moi. Mais on s'inquiète, on cherche... Il paraîtrait même que l'État-Major fait une enquête. Fauquet-Talon s'en occupe activement: il m'a demandé un rapport détaillé sur le procès d'il y a dix-huit mois.

Un silence.

ZOEGER (posément, à Portal).—Il peut se glisser une erreur dans les jugements des tribunaux civils, qui fonctionnent tous les jours, pour qui la justice est une espèce de besogne. Mais un conseil de guerre, une réunion d'hommes choisis, qui ne sont pas des professionnels de la justice, qui, par conséquent sont sur leur garde, qui nécessairement y mettent une extrême circonspection...

BAROIS.—Et surtout pour une affaire de trahison, si importante... C'est un canard.

CRESTEIL.—Ça? Je vais vous le dire: c'est un coup machiné par...

WOLDSMUTH (d'une voix émue, mais sans hésitation).—... par les Juifs?

CRESTEIL (froidement).—... par la famille de Dreyfus.

BAROIS.—Tiens, vous êtes donc là, Woldsmuth? Je ne vous avais pas vu entrer.