JEAN.—Oui. La famille de mon père était d'un milieu catholique très pratiquant, et lui-même a reçu une éducation foncièrement religieuse. Pourtant, depuis longtemps je crois, mon père a cessé de pratiquer.
SCHERTZ.—Et aussi de croire?
JEAN.—Je le suppose. Jamais il ne s'en est expliqué avec moi... Mais il y a un je ne sais quoi qui ne trompe pas... D'ailleurs...
Jean se tait, réfléchit une seconde en fixant l'abbé; puis, sautant de la table, il traverse la pièce à pas incertains, allume une cigarette, et se laisse tomber sur un canapé de cuir, vis-à-vis de l'abbé.
SCHERTZ.—D'ailleurs?
JEAN (après une seconde d'hésitation).—Je voulais dire que la profession de mon père est, en somme, bien dangereuse pour la foi...
Schertz: geste d'étonnement.
JEAN.—A cause de l'hôpital... Songez à l'opinion que peut avoir celui qui, tous les jours de sa vie, du matin jusqu'au soir, n'a pas d'autre fonction que de se pencher sur de la souffrance? Quelle conception peut-il se faire de Dieu?
Schertz ne répond pas.
JEAN.—Je vous scandalise?