ZOEGER.—Celle que le Ministre a lue, il y a six semaines, en pleine tribune!

LUCE.—Fabriquée entièrement,—sauf l'en-tête et la signature, qui auraient été prises à une lettre insignifiante.

BAROIS (exultant).—Ah, ce serait trop beau!

WOLDSMUTH (en écho).—Oui ... trop beau!... Je n'ai pas confiance.

LUCE.—Ce n'est pas tout. Si l'affaire s'engage sur cette voie, il y aura bien d'autres points à éclaircir!

Qui a inventé l'histoire des aveux de Dreyfus? Pourquoi n'en a-t-il jamais été question avant 96, c'est-à-dire deux ans après la dégradation?

Qui a gratté et récrit l'adresse d'Esterhazy sur le petit bleu dénonciateur, pour pouvoir affirmer que Picquart cherchait à innocenter Dreyfus et accusait Esterhazy, à l'aide d'une pièce retouchée par lui?

WOLDSMUTH (les yeux pleins de larmes).—Ce serait trop beau... Je n'ai pas confiance...

LUCE.—En tous cas, l'arrestation a déjà des suites très importantes: Boisdeffre, Pellieux, Zurlinden démissionnent. Et il paraît que le Ministre lui-même va rendre son portefeuille.

Je le comprends, d'ailleurs: après avoir lu le faux, à la tribune, en toute bonne foi...