BAROIS.—Oh, presque rien, quelques lignes pour saluer l'ouverture des débats... Tenez, voilà ce que j'étais en train d'écrire:
«Nous touchons au but. Le cauchemar s'achève. Le dénouement, le verdict, n'intéresse plus; il est prévu, fatal comme le triomphe de l'équité.
«Il ne nous reste plus, aujourd'hui, que le souvenir d'avoir vécu un drame historique, à nul autre comparable; un drame à milliers de personnages, joué sur la scène du monde, et d'un intérêt si pathétique et si universel, que toute la nation, puis autour d'elle toute la civilisation, est venue y prendre part. Pour la dernière fois sans doute, l'humanité, divisée en deux messes inégales, s'est heurtée de front:—d'un côté, l'autorité, qui n'accepte le contrôle d'aucun raisonnement;—de l'autre, l'esprit d'examen, superbement dédaigneux de toutes précautions sociales.
«D'un côté, le passé,—de l'autre, l'avenir!
«Les générations futures diront «l'Affaire», de même que nous disions: «la Révolution»; et elles saluèrent, comme une coïncidence merveilleuse ce hasard qui donne à l'Ere nouvelle un millésime nouveau.
«Quel siècle, celui qu'inaugure une pareille victoire!»
Un simple coup de clairon, vous voyez...
Woldsmuth le considère avec stupeur.
Quelques secondes passent. Il approche timidement sa chaise.
WOLDSMUTH.—Dites-moi, Barois... Vous êtes donc pleinement rassuré?