Il est facile de s'en assurer en interrogeant sur ce point précis les membres du Conseil de Guerre de 1894, actuellement à Rennes.

V.—A la fin de décembre 1894, après le verdict, toute la presse accuse ouvertement l'Allemagne d'avoir exigé le huis-clos, parce que la culpabilité de Dreyfus l'intéresse directement: c'est un nouveau démenti à la parole de l'ambassadeur. Celui-ci, le 25 décembre, au lendemain de la condamnation, fait une nouvelle déclaration officielle à la presse.

Mais les journaux continuent leur campagne, parlant de pièce rendue pour éviter la guerre, etc...

VI.—Le 5 janvier 1895, jour de la dégradation, l'ambassadeur d'Allemagne reçoit une dépêche particulièrement solennelle du chancelier de l'Empire. En l'absence de notre Ministre des Affaires Etrangères, il la porte directement à notre Président du Conseil.

En voici le texte, inédit jusqu'à ce jour:

«S. M. l'Empereur, ayant toute confiance dans la loyauté du Président et du gouvernement de la République, prie votre Excellence de dire à M. Casimir-Perier que, s'il est prouvé que l'Ambassade d'Allemagne n'a jamais été impliquée dans l'affaire Dreyfus, Sa Majesté espère que le Gouvernement de la République n'hésitera pas à le déclarer.

«Sans une déclaration formelle, les légendes que la presse continue à semer sur le compte de l'Ambassade d'Allemagne, subsisteraient et compromettraient la situation du représentant de l'Empereur.

De Hohenlohe.»

Ainsi donc, l'Empereur, à bout de patience, en appelait au Président de la République, lui-même.

L'Ambassadeur a été reçu à l'Élysée le lendemain, 6 janvier. Nous savons et certifions que M. Casimir-Perier voulut considérer l'incident comme étant personnel et non diplomatique, puisque son intervention directe était demandée par l'Empereur. Il a dit lui-même depuis, qu'il était fait appel à sa loyauté d'homme privé...» (Cassation. I. 329.)