«Luce. Auteuil.
«Rennes, 9 septembre, 6 heures soir.
«Condamnation avec circonstances atténuantes. Dix ans détention. Contradictoire et incompréhensible.
«Vive justice quand même!
«L'affaire continue!»
V
Le 9 septembre 1899: le soir du verdict.
En gare de Rennes, trois trains, successivement, ont été pris d'assaut. Un quatrième, formé de tous les wagons de rebut qui restaient dans les garages, a démarré, péniblement, à son tour, dans la cohue d'émeute qui grouille sur les quais.
Barois, Cresteil et Woldsmuth, les épaves du Semeur, sont parqués dans un wagon de troisième, ancien modèle: des cloisons, à mi-hauteur, divisent la voiture en compartiments étroits; deux quinquets pour tout le wagon.
Les vitres sont ouvertes sur la campagne endormie. Aucun souffle. Le train roule lentement, charriant à travers l'épaisse nuit d'été un brouhaha de séance électorale.
Des vociférations se croisent dans l'air empesté des compartiments: