«Au moment de notre rupture, j'ai voulu me réserver la possibilité d'intervenir, à un moment donné, dans l'éducation de ma fille. Mais les circonstances ont bien changé. Depuis dix-huit ans, vous le savez, je n'ai revu ni ma femme, ni l'enfant. J'abuserais vraiment de mon droit, en réclamant aujourd'hui la moindre parcelle d'une existence dans laquelle je n'ai tenu jusqu'ici et ne tiendrai jamais aucune place. D'ailleurs, pour vous dire toute ma pensée, les sentiments que ma fille doit nécessairement éprouver pour ce Père inconnu, lui rendraient, comme à moi-même, un pareil rapprochement intolérable.

«Il n'y a donc pas lieu de changer quoi que ce soit à nos situations respectives, et j'ai compté sur vous pour délier ma femme de tout engagement à ce sujet.

«Je vous prie de croire à ma gratitude, et d'accepter l'assurance de ma sympathie dévouée.

Barois.»

Quelques jours après. Neuf heures du matin.
Barois, levé tard, achève en flânant sa toilette.

Il n'a rien à faire: c'est le 1er janvier.
Pascal apporte un paquet de cartes et de lettres.

PASCAL.—Monsieur dînera-t-il ici?

Barois s'est approché du plateau et trie le courrier.

BAROIS.—Non, non... disposez de votre soirée. (Coup d'œil hésitant.) Vous devez avoir de la famille, des amis?

PASCAL (placide).—Ma foi, non: si Monsieur n'est pas là, je dînerai de bonne heure et j'irai au cinéma.