Long silence.
BAROIS (morne).—Vous voulez être religieuse, Marie?
Il surprend alors une certaine façon qu'elle a de sourire: une crispation des lèvres, dépouillée de joie; et, en même temps, un regard qui se fige, assuré, légèrement ironique, mais terne et sans vie.
BAROIS (soulevant les bras, d'un geste las, sans la regarder).—Je ne m'y attendais guère... Je me disais: «Pourquoi est-elle là?» J'ai fait vingt hypothèses. Finalement je m'étais dit: «Elle va essayer de me convertir...»
Son rire éclate, puéril, nerveux, trop vif.
BAROIS (agacé).—Eh bien, ce n'aurait pas été si mal, pour une future religieuse!
Marie a repris son sérieux. Elle va chercher son paroissien, le feuillète, et le tend à son père.
BAROIS (lisant).—«Je voudrais que vous fussiez tous comme moi; mais chacun a son don particulier, selon qu'il le reçoit de Dieu.»
MARIE (souriant).—Vous me croyez bien orgueilleuse! Si Dieu vous désirait pour lui, est-ce qu'il aurait besoin de moi? C'est donc qu'il a d'autres vues sur vous... (Secouant la tête.) Non, non, chacun cherche son devoir où il peut. Moi j'ai le bonheur de l'avoir trouvé devant moi, simple et facile. Vous pas. Je vous plains... (Hésitation.) Je ne peux que vous plaindre, père... Mais essayer, moi, de vous convertir, vous!
BAROIS.—Et vous n'avez pas craint, en soumettant votre foi à mon influence...