I
Dix-huit mois plus tard.
Aux bureaux du Semeur, un jeudi, jour de réception du Directeur.
Barois, dans son cabinet, avec Portal.
PORTAL.—Vous y écrivez moins souvent.
BAROIS.—C'est vrai, mais je n'ai pas la fatuité de croire que ce soit la vraie cause... D'autant que le Semeur s'est renouvelé, et que nous avons maintenant quelques jeunes, de premier ordre.
PORTAL.—Parbleu, vous avez contre vous, la réaction nouvelle. Dans tous les domaines, c'est le même recul.
Barois s'approche frileusement du brasier de coke, et s'assied dans la cheminée, les épaules basses, les coudes sur les genoux.
BAROIS.—La mode n'y est plus; ça tourne, c'est la loi de la vie. On n'a qu'un temps... (Il tend ses mains au foyer.) Moi-même, quand j'écris maintenant, je n'ai plus la spontanéité d'autrefois! J'y mets la même conviction, mais, comment dire, malgré moi, par le seul effet du temps qui s'est écoulé, cette sincérité est devenue quelque chose de tout fait, un outil, un procédé...
Pause.
PORTAL (enjoué).—Et votre enquête sur la jeunesse? Vous ne l'abandonnez pas, je pense?