Bénitier de Cluze.

Sallanches est, avec le site délicieux de Combloux récemment aménagé par la Compagnie des chemins de fer P.L.M., un des points les plus favorables d'où l'on puisse embrasser le massif du Mont-Blanc dans son ensemble. La cime apparaît encadrée par les gigantesques sommets qui lui font un merveilleux cortège. A gauche, c'est l'entassement prodigieux des Aiguilles proprement dites; à droite se succèdent, harmonieusement espacés, les sommets plus majestueux du Dôme et de l'Aiguille du Goûter, les Aiguilles de Bionnassay, de Miage et de Trelatête.

Combloux et l'aiguille de Varens.

«Qu'il est difficile, disait Victor Hugo, de ne point éprouver quelque profonde émotion lorsque par une belle matinée d'août, en descendant la pente sur laquelle Sallanches est assise, on voit se dérouler devant soi cet immense amphithéâtre de montagnes toutes diverses de couleur, de forme, de hauteur et d'attitude.»

Mais l'apparition n'est que de courte durée; aussitôt Sallanches quittée, à mesure qu'on s'avance dans la direction de Saint-Gervais, le Mont-Blanc rentre sous terre. Du Fayet, il n'est pas visible: la vue se heurte à la chaîne du Reposoir, aux à pics de l'Aiguille de Varens et du désert de Platé. Cependant, fait observer Charles Durier, «la pitoyable nature a prodigué des dédommagements au Fayet-Saint-Gervais». Trois sources d'eaux thermales, qui sourdent dans la gorge du Bas-Nant, attirent les valétudinaires. Un climat plus doux que celui de Chamonix, y rend le séjour particulièrement agréable, à ceux qui supportent mal l'air rude de la montagne et ses environs offrent au touriste une diversité très remarquable de promenades délicieuses. C'est le lieu de prédilection des promeneurs, où s'attardent indéfiniment dans les douceurs d'une vie facile et luxueuse, ceux qui n'ont pas la hantise des monts et de la nature farouche.

Et c'est peut-être précisément parce que la nature y est trop riante et trop accessible, que délaissant le Fayet-Saint-Gervais, l'alpiniste préfère pousser plus au cœur de la montagne.

D'autres sommets que celui du Mont-Blanc le tentent en effet: les objets de ses convoitises, ce sont toutes ces aiguilles aériennes, tous ces monolithes qui dominent la vallée de l'Arve, cimes altières qui présentent, dit Guido Rey, «l'aspect d'une cité fantastique, ceinte d'inaccessibles murailles, couronnée de clochers, flèches et clochetons qui se profilent nettement sur le ciel d'une couleur de brique ancienne dorée par des siècles de soleil».

Saint-Gervais est trop loin de cette «cité de songe» pour ceux dont le but n'est pas la cime la plus élevée, «mais la plus difficile».