Clocher de la Roche-sur-Foron.
D'un œil distrait, je suis sous les feuilles rouges, un torrent qui coule rapide, dans son lit étroit; les flots se précipitent, pressés de gagner la plaine avant que l'hiver ne les emprisonne dans l'immobilité des glaciers, dans le grand silence des espaces déserts.
Ciborium de l'église de Sallanches.
Immobilité, silence! Les glaciers que j'ai parcourus naguère avec tant de joie seraient-ils l'image de la mort? Faut-il donc penser avec Chateaubriand que «c'est la jeunesse de la vie, que ce sont les personnes, qui font les beaux sites?»
L'émotion avec laquelle je revois de la gare de La Roche-sur-Foron le sommet neigeux du Buet, au fond de la vallée de l'Arve, me démontre bientôt que la splendeur des monts n'est pas un simple état d'âme.
A Sallanches, je me demande comment j'ai pu être assailli d'un pareil doute, comment j'ai pu dans un moment d'oubli, ne plus me souvenir des nuits passées à la belle étoile, au bord des glaciers, à écouter le mugissement des cascades qui s'atténue vers le matin, le fracas des pierres dans les crevasses, les craquements sourds par lesquels le glacier accompagne sa marche irrésistible, tous ces bruits par lesquels se manifeste sa calme activité.