Non, la montagne n'est pas une marâtre, à ceux qui l'aiment assez pour vivre en elle de sa vie.

Les Aiguilles, un soir d'orage.

++ Vache au pâturage.

Et l'hiver! Lorsqu'arrive son cortège de gel et de bises, dans le repos forcé, c'est la douce intimité de la maison étanche, tiédie par les bûches de sapin, abattues durant la saison favorable. Dehors, tandis que les blancs flocons tombent continûment, dans la grande paix, noyant palissades et rochers sous un froid manteau, c'est le grand silence, rompu seulement par intervalle par les sonnailles assourdies des bêtes, qui reposent dans l'étable proche. Journées monotones où se redisent cent fois les prouesses accomplies sur les Aiguilles durant l'été; longues soirées douces où l'on se réunit autour du foyer entre voisins, où l'on chante ces lentes mélopées, qui vibrent de toute la rude nature alpestre, ces chants que les montagnards, dit Guido Rey, ont appris «du vent qui siffle à travers les fentes des roches et du torrent qui mugit au fond de la vallée». Puis la soirée terminée de bonne heure, c'est le retour hâtif à travers la nuit glaciale, infiniment limpide, sur la neige tassée qui crisse sous les pas, vers la maison qui dort sous la lune, avec son balcon de bois et ses larges auvents.