Aujourd'hui, la route de Saint-Gervais, qui fut la dernière découverte, paraît sur le point de devenir la plus fréquentée de toutes voies d'accès, grâce à la construction du tramway du Mont-Blanc. Celui-ci s'élève, en effet, par la vallée de Montjoie, le Col de Voza et le Mont-Lachat, jusqu'à peu de distance du grand glacier de Bionnassay. Du terminus actuel on peut en deux heures atteindre le chalet de Tête Rousse, deux heures encore d'escalade facile et l'on est au sommet de l'Aiguille du Goûter. Une heure trois-quarts, on gagne aisément le refuge Vallot d'où l'on n'est plus qu'à une heure un quart du sommet. Sept heures donc suffisent actuellement pour atteindre la cime qui déjoua les efforts des premiers alpinistes durant vingt-cinq années.

Le Grand Plateau et les Bosses.

Versant italien: les escarpements de la Brenva.

De même que les rochers des Grands Mulets et des Bosses, le plateau de Tête Rousse fut un lieu de repos avant d'être une hôtellerie. Dès 1785, Saussure y avait fait édifier une hutte de pierre? C'est là qu'il avait passé la nuit du 14 septembre. Cette nuit splendide, passée dans le nid d'aigle juché au-dessus du glacier de Bionnassay, laissa dans l'esprit du savant un inoubliable souvenir. «La vapeur du soir, dit-il, qui comme une gaze légère tempérait l'éclat du soleil, et cachait à demi l'immense étendue que nous avions sous nos pieds, formait une ceinture du plus beau pourpre, qui embrasait toute la partie occidentale de l'horizon; tandis qu'au levant, les neiges des bases du Mont-Blanc, colorées par cette lumière, présentaient le plus grand et le plus singulier spectacle.» La nuit vient et Saussure est impressionné par «le profond silence qui règne dans cette vaste étendue, agrandie encore par l'imagination». Une sorte de terreur l'envahit, il lui semble qu'il a «seul survécu à l'univers et qu'il voyait son cadavre étendu à ses pieds».