Le rocher des Grands Mulets.

Au Col du Dôme du Goûter, la route de Chamonix rejoint celle qui monte de Saint-Gervais par l'Aiguille du Goûter. Non loin de là, émerge un petit rocher plat, presque au niveau de la neige. Longtemps, les guides eurent le projet d'y construire un refuge. Ils avaient dans ce but, ouvert une souscription à l'auberge des Grands Mulets; mais le projet était resté sans suite. En 1890, M. Joseph Vallot construisit une modeste maisonnette de bois. Puis, en 1893, il agrandit le refuge primitif et fit édifier sur la pointe du rocher la plus voisine un refuge pour les voyageurs. Grâce à cette initiative, aujourd'hui, dans le désert effroyable, deux toits bravant les hivers et les vents, offrent au voyageur l'hospitalité.

La route des Bosses, dernière section de l'arête occidentale, commence au refuge Vallot. C'est là que s'étaient arrêtés jadis les guides de Saussure et de Bourrit quand ils avaient tenté l'ascension du Mont-Blanc par Saint-Gervais.

C'était en septembre 1784. Bourrit, découragé par plusieurs tentatives malheureuses faites depuis Chamonix commençait à douter de l'accessibilité du Mont par la vallée des neiges, comme on appelait alors l'itinéraire des Grands Mulets. Il avait appris que deux chasseurs de la Gruaz prétendaient avoir escaladé l'Aiguille du Goûter; et il était allé s'entendre avec eux pour rééditer cet exploit. Sous leur conduite il s'était élevé le long de la rive droite du Glacier de Bionnassay par les rampes du Mont de Lar et le triste plateau de Pierre Ronde, mais impressionné par l'aspect désertique de la région, trahi par ses forces, il avait dû abandonner la partie. Deux de ses compagnons, Couttet et Cuidet avaient continué; il les avait vu escalader l'Aiguille du Goûter et disparaître. Le lendemain, alors qu'on commençait à désespérer de leur retour, ils étaient apparus, affirmant qu'ils étaient allés jusqu'au Mont-Blanc, ou tout au moins si près, qu'ils n'en étaient plus séparés que par «une ravine». A la vérité ils ne paraissaient avoir atteint que le rocher des Bosses et ils avaient encore 400 mètres de différence de niveau à gravir.

Le passage de la Jonction.

Il faudra attendre soixante-quinze ans avant que «la ravine» soit traversée.