Dent et Cirque du Géant.
Au delà des Moulins, les hautes parois qui enserrent le cours inférieur du glacier s'écartent. A gauche, dans la direction de l'Est, s'ouvre un magnifique cirque: c'est le Glacier de Talèfre.
Il fut jadis un des glaciers les plus explorés du massif. Avant que fut née l'idée de parcourir la montagne pour elle-même, les crystalliers allaient chercher les gemmes au pied des Droites et des Courtes qui forment le fond du glacier. Le milieu en est marqué par un îlot rocheux coté 2787 mètres d'altitude que l'on appelle Jardin de Talèfre. Chaque année, le mois d'août le voit se revêtir d'une riche parure composée des plus belles fleurs de l'Alpe; ainsi le rocher solitaire et perdu dans le désert immense et désolé devient durant quelques semaines la plus gracieuse des oasis, c'est un rappel de vie dans l'éternelle désolation.
Les Séracs de la Mer de glace.
A l'Est, l'Aiguille de Talèfre avance un long promontoire rocheux jusqu'au milieu de la vaste échancrure. Elle sépare le Glacier de Talèfre, de celui de Leschaux plus sauvage encore. La formidable paroi des Grandes Jorasses encercle de noir cet austère glacier; à l'Est, une mince bande de neige coupe la falaise verticalement et l'on aperçoit au sommet une brèche perdue dans l'azur: elle porte le nom poétique de Col des Hirondelles. Sir Leslie Stephen raconte dans «l'Alpine Journal» les circonstances qui ont entouré son baptême: «En commençant à escalader les pentes de neige, nous observâmes un peu au-dessous de nous de mystérieux objets symétriquement arrangés en cercle sur la glace. C'était une vingtaine de points noirs parfaitement immobiles. En approchant, nous découvrîmes leur nature, non sans une certaine tristesse, je l'avoue. Les vingt objets étaient des corps, pas des corps humains, ce qui à un certain point de vue eût été moins étonnant... Les pauvres petits cadavres étaient les restes mortels d'hirondelles... Les oiseaux s'étaient peut-être rassemblés pour se tenir chaud, ou ils avaient été subitement stupéfiés par les tourbillons... Ils étaient unis dans la mort et paraissaient, je le confesse, étrangement pathétiques au milieu de la solitude des neiges.»