Traversée de la Mer de glace.
Le grand écrivain n'avait eu des yeux que pour les glaciers, seuls à la mode à son époque. Aujourd'hui, les visiteurs partagent leur admiration entre le fleuve glacé et les aiguilles qui dressent leurs impressionnants escarpements autour de Montenvers.
Le simple touriste peut sans peine accéder jusqu'au pied de ces cimes ardues. Du Montenvers, en effet, part un sentier charmant qui conduit à Pierre Pointue, en suivant le sommet verdoyant de la falaise qui domine la vallée de Chamonix. C'est le sentier du plan des Aiguilles. Il va, pittoresque, au bord de cette grandiose terrasse où viennent aboutir les glaciers des Charmoz, de la Blaitière et du Plan; un léger détour permet de passer au bord du lac du Plan, limpide miroir oublié par je ne sais quelle nymphe sur les hauteurs où dorment les Glaciers des Pèlerins de la Blaitière et des Nantillons.
La gloire du Montenvers est sans contredit l'Aiguille du Dru, magnifique obélisque qui sur la rive opposée dresse ses pics vertigineux à 2000 mètres au-dessus du glacier. Étrange par la pureté de ses lignes, elle surprend également par la couleur changeante de ses roches; son nom «semble celui d'un nain difforme et méchant». Il n'est jusqu'au nom du glacier, qui dort à ses pieds, qui n'étonne à son tour par sa bizarre consonance: La Charpoua; c'est là que l'on va passer la nuit avant l'escalade du Dru.
La Mer de glace, le Montenvers et les Aiguilles de Chamonix, vus depuis le chapeau.
Au bas de l'escarpement, le plus grand des Alpes, le Glacier du Géant déroule paisible son fleuve de glace. Celui-ci, en effet, coule majestueux et solennel entre les hautes digues que forment le Dru et l'Aiguille du Moine à l'Est et les assises des Charmoz à l'Ouest. Au départ de Montenvers, on remonte d'abord sa rive gauche par un sentier suspendu aux flancs de grandes dalles rocheuses munies de mains courantes. Puis en un point appelé l'Angle, un couloir de terre descend rapidement jusqu'au glacier. Dans cette partie qui est plane, la glace est unie et monotone. On remonte le glacier sans aucune peine dans la direction de l'Aiguille du Géant qui s'avance comme un éperon rocheux au milieu du courant. A sa surface courent des ruisseaux rapides, qui ont creusé dans la glace des cavités auxquelles on a donné le nom de «moulins».