Alpiniste d'élite, l'auteur l'est au premier chef. Il n'est pas que cela. Lettré subtil, avocat de valeur, il joint à la maîtrise de la plume et de la parole, le don de l'action. Cet ancien combattant de la grande guerre, que l'estime de ses compagnons d'armes a appelé à la présidence de leur groupement, a puisé ses qualités d'énergie et de courage dans la saine pratique des sports de la montagne. Militant fervent de l'alpinisme et des sports d'hiver, il fait partie de cette pléiade d'initiateurs dont l'incessante propagande a eu une telle portée sur le développement du tourisme dans notre pays. Fondateur avant la guerre du Ski Dauphinois, organisateur de multiples manifestations sportives et alpines, lauréat du Club Alpin pour un remarquable manuel de ski, il est, à l'heure actuelle, président de la jeune et active Fédération Alpine Dauphinoise. Il est peu de hauts sommets qu'il n'ait abordés et vaincus. Mais—comme on le constatera à maintes reprises à la lecture de ce beau livre—l'ardeur de la lutte n'a jamais étouffé en lui l'admiration du poète et de l'artiste pour les merveilles dont il faisait la conquête. Et c'est un des charmes de ses récits d'ascensions ou de promenades que cette spontanéité avec laquelle réagissent sur lui tous les éléments de beauté qui l'entourent. Certains effets descriptifs d'une rare puissance—comme l'épisode émouvant d'une ascension du Mont-Blanc sans guides, en pleine tempête—produisent une sensation d'angoisse intense. Puis, ce sont des pages d'une émotion presque religieuse consacrées à la description de l'admirable glacier d'Argentière, et d'autres—l'ascension de la Dent du Géant—où l'alpiniste vibre tout entier, aussi bien de la joie de l'effort surhumain que de l'incomparable splendeur de ce qui l'entoure.
Remercions donc Roger Tissot de nous avoir donné ce livre: remercions aussi son éditeur de lui avoir fait un cadre digne de lui.
Notre regretté camarade Jules Rey avait eu pour ambition de créer à Grenoble un centre d'édition et de bibliophilie digne de la région Dauphinoise, et grâce à ses efforts, et au travail d'une laborieuse existence vouée à l'art et aux recherches, il avait eu la satisfaction de voir aboutir son intéressante tentative de décentralisation. Malgré les difficultés de sa tâche, son successeur a su la continuer, et le tourisme français lui est reconnaissant de son bel effort de vulgarisation. Ce sont de bons serviteurs de leur pays—auteur et éditeur—que ceux qui se vouent à la noble tâche de le faire connaître et aimer.
Le succès couronnera donc ce livre. Puisse-t-il inciter les touristes à ne pas limiter à la courte saison d'été leur séjour en montagne. Elle est belle et accueillante toujours, et c'est travailler à la prospérité de la France, soutenir les courageux efforts de nos montagnards et lutter contre la dépopulation de nos vallées, que d'assurer à nos plus beaux sites ce regain de visiteurs qui leur a trop manqué jusqu'ici. En concluant ainsi, je suis certain de répondre au patriotique désir de l'auteur.
Léon Auscher,
Président du Comité de Tourisme en Montagne
du Touring-Club de France.
++ Flocon de neige.