Elle est si tentante cette pointe d'or qui se détache dans le ciel rose du couchant: si lointaine, si aérienne, qu'elle paraît irréelle. Et puis elle ne comporte pas de bien grandes fatigues: elle n'exige qu'une tête exempte de vertige et de bons bras. Ceux que la nature a ainsi doués, peuvent en six heures accomplir à l'aller et au retour cette escalade inouïe.

Vous aurez le temps de paresser quelque peu dans le bon lit du refuge Torino, car il ne faut pas partir de grand matin. Laissez au chaud soleil d'Italie le soin de dégeler les cordes que le Club Alpin Italien a placées sur la face Ouest. En pleine saison, il vous suffira de partir à 6 heures. C'est l'heure propice. Le soleil n'a point encore amolli la neige et vous gagnerez rapidement et sans peine le plateau supérieur du Col du Géant qui se redresse près des Aiguilles Marbrées. Depuis cet endroit, l'ascension se fait en deux temps et beaucoup de mouvements. Les gestes les plus compliqués sont réservés au second temps: pour les faciliter, il est bon de s'encorder avec de très longs intervalles.

Durant le premier temps, les efforts tendent à atteindre une sorte d'épaule, située à l'Est de l'Aiguille. L'escalade des premières assises est agréable; partout le rocher est excellent.

Requin vu du sentier du Couvercle.

Au sommet de l'Aiguille de Rochefort.