La brume sur les hauts sommets.
A peine avons-nous commencé l'escalade que le ciel se couvre de nuages menaçants. Le vent souffle avec rage. Il faut se cramponner avec force au rocher pour ne pas être enlevé. Puis la tempête se déchaîne. Le grésil se met à tomber. Lancé par la tourmente avec violence, il cingle la figure et l'on croirait ressentir autant de brûlures; la fureur de la tempête devient telle qu'il nous paraît imprudent de rester plus longtemps sur l'arête trop exposée au vent. Abandonnant alors les traces laissées par ceux qui nous précédèrent sur cette voie, nous décidons de chercher beaucoup plus à gauche, notre chemin, dans les hasards d'une route nouvelle. Où nous mena une marche de flanc assez osée? il me serait difficile de le préciser: l'endroit était précipitueux. L'escalade devient plus difficile, l'inclinaison des roches étant plus sensible. Nous grimpons au hasard dans le rocher, sans relâche, à travers le brouillard. Nos gants mouillés et gelés se déchirent aux aspérités, d'ailleurs il faut les quitter car la main n'est pas assurée dans cette enveloppe mi-durcie par le gel, mi-gluante. La pierre est glacée, le verglas commence à la recouvrir. Nos doigts engourdis ne nous offrent pas de sécurité: qu'importe, il faut avancer, au risque de glisser dans l'abîme invisible qui se creuse sous nos pieds. Nous montons ainsi, sans relâche et sans repos, haletants, étouffés par le vent glacial. Cela dure deux longues heures. Après ces interminables moments, il nous est enfin donné de fouler le plateau terminal couvert d'une épaisse couche de neige dans laquelle nous nous enfonçons jusqu'au ventre. Il fait horriblement froid. Le plateau, balayé sans cesse par le vent, est aussi peu hospitalier que possible. Le brouillard est intense: à quelques mètres de moi, mon compagnon d'infortune et d'angoisse est une ombre grise à peine visible: où est le refuge? La tourmente nous aveugle. Nous tournons, cherchant l'abri: c'est en vain! Allons-nous passer la nuit sur le sommet, dans la neige glacée? Soudain, mon camarade pousse un cri: du bras, il me montre une tache noire rectangulaire, à quelques mètres; c'est la porte, ou plutôt l'emplacement de la porte du refuge, car celle-ci a disparu.
La montée au Dôme du Goûter.
Le pavillon de Tête Rousse, et le glacier de Bionnassay.