Le docteur Verrier lui demanda:
—Qui?
Mais avant que la réponse eût été prononcée, tous savaient déjà le mot qui allait être dit:
—Celui qui porte la Lumière... Le Dieu qui vaincra.
—Attendre un Dieu! fit le vieil helléniste. Vous croyez au miracle?
—Le miracle, c’est nous. N’est-ce pas un miracle que, dans ce monde de perpétuelle violence, nous gardions la foi perpétuelle en l’amour et l’union des hommes?
Coulanges dit âprement:
—On attend le Christ pendant des siècles. Quand il vient, on l’ignore et on le crucifie. Ensuite, il est oublié, sauf par une poignée de pauvres gueux qui sont bons et bornés. Cette poignée grossit. Pendant une vie d’homme la foi est dans sa fleur. Après, on la dénature, elle est trahie par le succès, les disciples ambitieux, l’Église. Et il y en a pour des siècles... Adveniat regnum tuum... Où est-il, le règne de Dieu?
—En nous, dit Clerambault. La chaîne de nos épreuves et de nos espérances forme le Christ éternel. Nous devrions être heureux, en pensant au privilège que nous avons reçu d’abriter dans notre cœur, comme l’enfant dans la crèche, le Dieu nouveau.
—Et qui nous est le gage de sa venue? demanda le médecin.