Les amis attristés étaient réunis chez Froment. Sans s’être donné le mot, chacun était venu, parce qu’il savait trouver les autres. Ils voyaient de tous côtés la violence, dans le présent, dans l’avenir, chez l’ennemi, chez les leurs, dans le camp de la réaction comme de la révolution. Ils fondaient leur angoisse et leurs doutes en une même pensée. Et le sculpteur disait:
—Nos saintes convictions, notre foi dans la paix, dans la fraternité humaine, reposent en vain sur la raison et l’amour. N’y a-t-il donc aucun espoir qu’elles conquièrent les hommes? Nous sommes trop faibles!...
Et Clerambault, sans y penser, récita les paroles d’Isaïe, qui lui montaient à la mémoire:
—«Les ténèbres couvrent la terre,
L’ombre enveloppe les peuples...»
Il s’était arrêté. Mais, de son lit à peine éclairé, Froment invisible continua:
—«Lève-toi, car sur la cime des monts
La Lumière vient...»
—Elle vient, répéta dans l’ombre la voix de Mᵐᵉ Froment, assise au pied du lit à côté de Clerambault. Clerambault lui saisit la main. Ce fut comme un frisson d’eau qui passa par la chambre.
—Pourquoi dites-vous cela? demanda le comte de Coulanges.
—Parce que je le vois.
—Je le vois aussi, dit Clerambault.