Quand il eut tout arraché, il ne lui restait plus que son âme nue. Toute cette fin de nuit, elle se tint grelottante et transie. Mais en cette âme qui frissonnait, en cet être minuscule perdu dans l’univers comme un de ces εἴδωλα que les peintres primitifs représentaient sortant de la bouche des mourants, une étincelle couvait. Dès l’aube, commença de s’éveiller la flamme imperceptible, que la lourde enveloppe des mensonges étouffait. Au souffle de l’air libre, elle se ralluma. Et rien ne pouvait plus l’empêcher de grandir.
Lente et grise journée, qui suit cette agonie, ou cet enfantement. Grand repos brisé. Vaste silence inusité. Bien-être courbaturé du devoir accompli... Clerambault, immobile et la tête appuyée au dossier de son fauteuil, rêvait, le corps fiévreux, le cœur lourd de souvenirs. Ses larmes coulaient sans y penser. Au dehors, s’éveillait la nature mélancolique, aux derniers jours d’hiver, comme lui frissonnante et encore dépouillée. Mais, sous la glace de l’air, tremblait un feu nouveau.
DEUXIÈME PARTIE
Après huit jours, Clerambault recommença de sortir. La terrible crise qu’il venait de traverser le laissait brisé, mais résolu. L’exaltation du désespoir était tombée; il lui restait la volonté stoïque de poursuivre jusqu’en ses dernières retraites la vérité. Mais le souvenir de l’égarement d’esprit où il s’était complu et du demi-mensonge dont il s’était nourri, le rendait humble. Il se méfiait de ses forces; et, voulant avancer pas à pas, il était prêt à accueillir les conseils de guides plus expérimentés que lui. Il se souvint de Perrotin, écoutant ses confidences de naguère, avec une réserve ironique, qui l’irritait alors, qui l’attirait aujourd’hui. Et sa première visite de convalescence fut pour le sage ami.